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Sœur Elise-Mariette, catholique grâce aux autres religions

Sœur Elise-Mariette a prononcé ses vœux définitifs de religieuse à Echourgnac le 26 août. Et pourtant, à l’adolescence elle refusait d’entrer dans une église lorsque la messe y était célébrée. Son parcours de foi, elle le doit notamment à ses amies… juives et musulmanes, et à… une pasteure protestante !


Soeur Elise-Mariette lors de la messe d'engagement.
Soeur Elise-Mariette lors de la célébration de ses voeux définitifs.

Sœur Elise-Mariette, quelle est l'origine de votre foi ?

J'ai été baptisée enfant, et mes parents ont tenu à ce que l'on soient catéchisées ma sœur et moi, parce que l’on ne peut pas choisir comment avancer dans la foi si on n'est pas informé. Le contrat de base avec mes parents c’était du CE2 au CM2, après on avait le choix. J'ai choisi de continuer en sixième. Et puis j'ai arrêté un peu après pour pas mal de raisons liées au contenu de ce que l’on nous donnait. J'ai continué à garder une foi assez vive mais qui n'avait pas d'enracinement ecclésial. C'est à dire que je rentrais presque chaque semaine prier dans une église, mais s’il y avait une messe, je ressortais et je revenais prier dans l'église vide.


Pourquoi cette fuite de la messe ?

D’abord parce que quand j'étais au catéchisme, comme mes parents m'emmenaient assez peu à la messe, les rares fois où j’obtenais d’y aller je me faisais fâcher par les dames du caté parce que je ne venais pas plus souvent ! Ce qui n'est probablement pas la meilleure façon de motiver un enfant.

Et puis j'étais une enfant avec beaucoup de pourquoi, mais au caté on n’y apportait pas de réponse. Par exemple quand je demandais « pourquoi à la messe on doit s’assoir et se lever ? », on me répondait « parce que c'est ce que tout le monde fait, donc il faut faire comme tout le monde. » Pour moi il n'y avait pas de sens et même à 10 ans l'absence de sens me gênait beaucoup. Je n'avais pas envie d'aller à la messe pour faire comme tout le monde. J'avais envie d'y aller parce qu’il y avait un vrai sens derrière.


Comment vous expliquez d'avoir malgré tout gardé ce lien avec la prière ?

Je pense que c’est parce que j'avais déjà une relation personnelle avec Dieu, et aussi parce que j'ai eu la chance d'avoir, dans mon enfance et dans mon adolescence, un certain nombre d'amies juives et surtout musulmanes, qui n'avaient pas la possibilité d'avoir un lieu de prière, parce qu'à l'époque il n’y avait pas de synagogue et de mosquée là où j'étais. Pour elles la présence d'une communauté de prière était extrêmement importante. Et je pense avoir gardé d’une manière peut-être un peu inconsciente cette nécessité-la vive pour moi aussi.

Il y en a une qui un jour m'a invité à lire le Coran pour savoir ce qu'elle vivait dans sa foi. Et en lisant le début du Coran, j'ai retrouvé ce qui me paraissait être des échos à mes souvenirs de la Bible. Je devais avoir une douzaine d'années quand j'ai commencé à lire en parallèle la Bible et le Coran. Et peut-être que lire la Bible, ça a aussi nourri ma prière.


Vous lisez le Coran, mais c’est au catholicisme que vous restez fidèle. Pourquoi ?

Je pense que fondamentalement, et je ne sais pas comment, Jésus comme personne a existé pour moi très vite. Le Coran m'a ramené davantage à la Bible et à Jésus, parce que je le voyais en filigrane dans le Coran. Il y est présent, et c’est de Lui que j'avais envie d’en savoir plus. Mais le Coran ne répond pas du tout à la question de qui est Jésus, il n’y a que la Bible pour ça.

Et puis quand j'étais au collège, un collège public et laïc, on a dû faire en éducation civique un exposé sur les différentes religions et confessions chrétiennes. Je n’avais pas pris le catholicisme parce que je connaissais déjà un peu, je préférais travailler sur quelque chose que je ne connaissais pas du tout : le protestantisme. J'avais eu l'idée d’aller interviewer un pasteur en me disant que se serait plus vivant. En fait c’était une pasteure et elle m’a énormément renvoyée à la Bible et à la dimension ecclésiale. Il y avait des réponses dans ce qu'elle me disait que les personnes avec qui j'étais en contact dans l’Église catholique étaient incapables de donner. Par exemple, c'était l'époque du génocide au Rwanda. Et au catéchisme, on était incapable de me parler du Rwanda. Or j'étais dans une famille politisée où il en était question tout le temps. Du coup, pour moi il y avait un grand décalage : si l’Eglise n'était pas capable de me dire quelque chose sur le génocide, de quoi serait-elle capable de me parler ?


Cette pasteure a commencé à faire un petit peu cette transition-la. Après je l'ai nourri dans les livres, jusqu'à rencontrer des personnes qui ont progressivement favorisé mon insertion réelle dans l'Église. Donc paradoxalement, si je suis catholique aujourd'hui, c'est grâce à des amies juives et musulmanes, et à une pasteure protestante.


Soeur Elise-Mariette durant un office avec la communauté
Soeur Elise-Mariette durant un office avec la communauté @Déclic&Décolle

Et votre vocation, comment est-elle née ?

L'enracinement s'est vraiment fait d'une manière très naturelle. J'ai fait le chemin de Saint Jacques quand j'étais étudiante. Au retour, pour apprendre l'espagnol que je ne parlais pas, je me suis retrouvée en lien avec la communauté latino-américaine chrétienne de Poitiers. Ils avaient la messe chaque mois, en espagnol, suivi d’un repas où tout le monde échangeait. J’ai commencé à aller à la messe pour échanger avec les gens d’Amérique latine en espagnol. De fil en aiguille je me suis retrouvée secrétaire de la communauté, puis engagée dans la Pastorale des migrants du diocèse et dans différentes petites missions diocésaines.


Parallèlement, comme la question de la foi me travaillait, je me suis inscrite à des études de théologie. Un des prêtres qui nous donnait cours commençait toujours le lundi en faisant un lien avec l'Évangile du dimanche. C'était toujours un lien implicite. Pour moi c'était extrêmement frustrant de ne pas comprendre ce lien implicite que visiblement tout le monde dans le cours comprenait. Donc j'ai commencé à aller à la messe le dimanche. Je me suis dit que si j’allais à la messe du dimanche, je comprendrais mieux le cours du lundi !

C'est vraiment des suites de rencontres personnelles qui, petit à petit, m'ont fait cheminer. Jusqu'au moment où je me suis dit « c’est sûr, c’est ici et c'est là », et le ici et là c'était Echourgnac. A partir de ce moment-là, c'était à peu près clair et évident pour moi qu'il fallait lâcher le reste de ma vie pour rentrer. Il y a eu le temps du processus monastique, et puis le temps professionnel. J’étais enseignante en droit, je ne pouvais quitter mon poste du jour au lendemain. Il s’est passé deux ans entre cette prise de conscience et mon arrivée à Echourgnac.


Lorsque vous entrez en 2014, c’est le début de 9 ans de discernement et formation au sein de l’abbaye. Qu’est-ce qui vous plait le plus dans la vie monastique ?

Je vais résumer par une phrase du pape François Tout est lié. C’est-à-dire que c’est à la fois un choix de vie radicale mais un choix qui concerne vraiment l'intégralité de la vie. Il n'y a pas un petit bout de notre vie qu'on pourrait mettre à part en disant « ça la vie monastique ne le touche pas ».

Ce n'est pas comme quand on a un engagement professionnel ou associatif dans lequel on s'investit pleinement, mais qui finalement correspond à un pan de notre vie. Dans la vie monastique tous les pans de notre vie sont liés et tout nous relie à plus grand que nous.


Soeur Elise-Mariette et soeur Marie en pleine explication sur la permaculture avec des woofers
Soeur Elise-Mariette et soeur Marie en pleine explication sur la permaculture avec des woofers. @Déclic&Décolle

Si vous vous retrouviez en face de la fillette que vous étiez à l'époque, comment en tant que religieuse, vous pourriez répondre à ses interrogations sur la messe ?

C’est vrai que l'on fait beaucoup de gestes avec le corps dans la liturgie catholique : le signe de croix, le fait de s'asseoir et de s'agenouiller… Le corps est très présent. Il y a une dimension symbolique, mais c’est aussi précisément pour signifier que tout est lié. Quand on va à une célébration, on n’y va pas juste avec notre tête. On y va avec l'ensemble de notre être. Tous ces gestes qui associent notre corps, ils nous font aussi intégrer un ensemble qui est plus grand. On ne le fait pas juste parce qu'on fait comme tout le monde et parce que tout le monde fait ça sans comprendre, on le fait parce que ça nous permet par le corps d'entrer dans un sens qui parfois dépasse aussi ce que notre être spontanément est capable de comprendre.


Jésus, pour vous, c'est qui aujourd'hui ?

C'est à la fois le chemin et l'arrivée. C'est à la fois celui par qui tout passe et quelque part, celui sur les pas duquel, vraiment, j'espère que j'avance dans la vie. Et en même temps, c'est celui que profondément je désire rejoindre.


Soeur Elise-Mariette prononce ses voeux définitifs devant Mère Bénédicte, abbesse d'Echourgnac, le 26 août 2023
Soeur Elise-Mariette prononce ses voeux définitifs devant Mère Bénédicte, abbesse d'Echourgnac, le 26 août 2023


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