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Appel à projets 2022, tisser du lien

C’est une tradition monastique, chaque année une partie de nos bénéfices est reversée à des œuvres d’Eglise qui en ont besoin. En 2022 nous avons décidé d’ouvrir cette aide à des acteurs associatifs de notre territoire œuvrant pour le bien commun. Une initiative dont le but était de créer du lien.


On résume souvent la règle de vie de notre communauté, la Règle de Saint Benoît, à la formule Ora et Labora, Prie et travaille. Le travail fait en effet partie intégrale de la vocation des sœurs : « L'oisiveté est ennemie de l'âme, c'est pourquoi, à certaines heures, les frères (sœurs) doivent s'occuper au travail des mains et à certaines autres à la lectio divina », peut-on lire dans la Règle de Saint Benoît. Ou encore, « Ils sont vraiment moines lorsqu'ils vivent du travail de leurs mains comme nos pères et les apôtres. »



Le travail comme barrière à l’oisiveté et pour subvenir à nos besoins, mais pas comme source d’enrichissement et d’orgueil. C’est pourquoi il est de tradition monastique de redistribuer chaque année une partie de nos bénéfices à d’autres monastères et à des œuvres d’Eglise qui en ont besoin.


Nourris de la doctrine sociale de l’Eglise et de l’encyclique Laudato Si du Pape François, nous avons souhaité ouvrir cette aide aux structures qui, autour de nous, sur notre territoire, contribuent elles aussi au Bien Commun.


Un appel à projet local et solidaire


C’est ainsi qu’il y a un an nous lancions un appel à projets pour trouver des initiatives à accompagner. Elles devaient œuvrer dans le domaine de la solidarité, de la réinsertion, de la petite enfance, de l’enseignement et de l’éducation, du développement économique rural, ou de la biodiversité. Elles devaient être situées dans un rayon d'environ 50 kilomètres autour d'Echourgnac et portées par des organisations à but non lucratif ayant au moins une année d'activité et reconnues d'utilité publique.


Un premier comité mixte, réunissant les sœurs et les salariés de la fromagerie, s’est réuni pour écarter les projets qui ne répondaient pas à ces critères. Des petits groupes de travails mixtes ont ensuite identifiés quatre projets qui étaient vraiment en cohérence avec nos critères. Ce sont nos quatre lauréats 2022.


Les quatre projets soutenus


Le projet de la ferme du Parcot est le plus proche de l’abbaye. Gérée par l’association La Double en Périgord, « elle est une sorte de musée sur l’histoire de la Double et de son habitat, et un centre de formation et d’éducation à la biodiversité notamment pour le jeune public », explique Antoine Dumont, directeur de la fromagerie de La Trappe.


« Cette aide a consolidé notre volonté de développer la valorisation des zones humides auprès des jeunes publics à travers une mare pédagogique, analyse Clémence Romagnon Rabineau, animatrice de l’association. Nous avons pu acheter des appareils photos et des pièges photographiques de qualité. Le matériel est en place depuis le début de l’automne et a déjà servi à de support pédagogique pour des ateliers scolaires. »


« Ce projet fait aussi un peu le lien avec l’histoire de l’abbaye, ajoute Antoine Dumont. Entre 1868 et 1910, les moines avaient créés une ferme école pour réapprendre aux locaux la culture de la terre qui s’était perdue. »


Le projet Au fil de la Double est un projet porté par Thérèse Kolher, une bergère sans terre qui passe de pâturages en pâturages avec ses brebis. Sa problématique, comment réutiliser la laine des moutons, aujourd’hui considérée comme un déchet alors que par le passé elle était une ressource valorisée, comment recréer une filière de valorisation de la laine ?


« C’est un projet plutôt dans le domaine du développement économique rural, explique Antoine Dumont. Ils ont besoin de locaux, de machines. C’est une manière de participer à la création d’emplois en proximité de chez nous. »


Le troisième projet retenu est le rocher solidaire de l’association 100 pour 1 Périgord. Une association qui vise à sortir de la rue des familles avec enfants en bas âge grâce à la collecte de dons. « Le principe c’est que si une personne donne 5 euros par mois, qu’il y a 100 personnes qui donnent, ça fait 500 euros et donc, un logement », explique Sylvie Poirier, présidente de l’association.


Le Rucher solidaire, installé à Bourrou, permet de compléter et même d’aller plus loin que les dons. « L’intégralité du miel produit par ce rucher est vendue au profit de l’association, se félicite Sylvie Poirier. La source est intarissable puisque les abeilles produiront toujours du miel malgré les difficultés, et puis il y a toujours possibilité d’agrandissement. On connait l’importance des abeilles pour l’écologie et on peut aussi initier les familles hébergées à l’apiculture. Il y a donc un triple volet écologique, humanitaire et pédagogique ! »


L’appel à projet permettra à l’association de doubler au printemps son cheptel d’abeilles et le nombre de ruches.


Enfin, l’association des Amis de l’abbaye de Chancelade regroupe des acteurs locaux passionnés par l’histoire de cette abbaye autour d’un projet de restauration et notamment la mise en place d’un jardin médiéval en permaculture.


« Chancelade c’est un lieu de spiritualité, explique Gilbert Coudassot, président de l’association des Amis de l’abbaye de Chancelade, mais on veut qu’il soit ouvert à tout le monde et que les gens, dans une démarche qui est d’abord touristique, s’aperçoivent qu’il y a une autre dimension. Une autre dimension dans la vie des religieux, mais aussi dans leur propre vie personnelle, et que protéger la maison commune ce n’est pas uniquement de la politique ou des écologistes. »



« La permaculture, nous la pratiquons dans notre propre potager depuis plusieurs années, ajoute Sœur Marie-Noël. C’est donc tout naturellement que nous avons accueilli durant une journée complète une dizaine de bénévoles de l’association pour leur proposer une découverte et un début de formation. Ils ont pris leurs bottes et leurs fourches et ils ont travaillés avec nous ! »


Il est maintenant prévu que les sœurs aillent au printemps aider directement aux premières plantations de Chancelade.


« Cet appel à projets nous a obligé à aller de l’avant, se réjouit Gilbert Coudassot. Nous ne sommes plus tous seuls dans notre coin mais avançons avec d’autres ! »



Catalyseur de liens


Avancer avec d’autres, c’était bien l’objectif de cet appel à projet. « Le but n’était pas que financier, précise Cindy Déveaux, chef de projet de la Fromagerie de La Trappe. Le but était de créer du lien entre les acteurs du territoire. Pour cela nous avons regroupé l’ensemble des lauréats le temps d’un après-midi en octobre dernier. »


« C’est assez atypique comme démarche, s’exclame Gilbert Coudassot, mais les rencontres étaient très riches et intéressantes ! »


« Ça m’a ouvert les yeux sur des choses qui se passent ici, tout autour, et que j’ignorais, complète Sylvie Poirier. En fait quand on est dans une association, on est la tête dans le guidon et on a un peu tendance à ne pas voir ce qu’il se passe au-delà. »


« Ce que je retiens le plus, se rappelle Clémence Romagon Rabineau, c’est la visite des extérieurs de l’abbaye que nous ont proposé les sœurs. Parce que je crois que c’est ce qui nous reliait un peu tous : cette envie de médiation, de partage de différentes initiatives et actions, et le jardin, la nature, l’environnement, la préservation et la valorisation, la sensibilisation. »


Forts de ces découvertes mutuelles, des ponts pourraient se mettre en place rapidement. « J’imagine vraiment la transversalité sur nos petits territoires comme de l’entraide entre les acteurs culturels et associatifs locaux », continue Clémence Romagon Rabineau.


Du côté des sœurs, c’était aussi la satisfaction. « Ce qui m’a frappé c’est l’enthousiasme de chacun pour son projet, se réjouie Sœur Marie-Noël. On parle souvent des gens qui sont désabusés, mais non, il n’y a pas qu’eux, et ça fait plaisir de voir qu’il y a des gens qui ont à cœur ce qu’ils font ! »


« Si modestement nous avons pu être des catalyseurs de liens, c’est chouette, conclu Antoine Dumont. Les défis de notre société sont gigantesques. Ensemble, on peut faire des choses plus grandes. »

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