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Sœur Bénédicte, toutes ensembles à la vie éternelle !

Entrée à l’abbaye d’Echourgnac en 1993, Sœur Bénédicte fait sa profession solennelle le 1er janvier 2000. Née en 1967, elle est depuis le 20 novembre 2021 la nouvelle abbesse de la communauté. Elle a accepté de faire le bilan de cette première année.


Sœur Bénédicte, comment avez-vous vécu cette première année comme abbesse de la communauté d’Echourgnac ? C’est une année de découvertes, parce qu’être à la place d’abbesse dans une communauté, c’est quand même être à une place un peu particulière. Il faut tout découvrir de ce que cela comporte, des devoirs et des responsabilités que cela sous-tend.


C’est aussi découvrir une autre relation avec les sœurs. J’ai été maîtresse des novices pendant presque 15 ans. J’avais déjà une relation assez privilégiée avec les plus jeunes sœurs. Mais là cela me met aussi en contact de manière plus profonde avec toutes les sœurs de la communauté et tous les emplois. Donc une année de découvertes XXXL. Et je pense que je n’ai pas encore complètement fini !


Soeur Bénédicte, abbesse de Notre-Dame d'Echourgnac
Soeur Bénédicte, abbesse de Notre-Dame d'Echourgnac depuis novembre 2021

Comment voyez-vous votre charge de pasteure de la communauté ? Pour moi, la dimension de faire l’unité dans la communauté est essentielle, d’être à la fois le responsable, le garant, le catalyseur de cette unité. Je pense vraiment que l’Esprit-Saint parle à toutes, mais parfois les messages de l’Esprit sont un peu brouillés. Il faut donc arriver à faire résonner ce que l’Esprit dit au cœur de chacune et d’entendre la note, l’accord unique.


Pour moi, il s'agit de chercher ce qui va permettre à toutes d’avancer, d’être plus épanouies dans leur vie monastique et, comme le dit Saint Benoît, sans décourager les plus faibles, les plus fragiles, les plus lentes, et sans impatienter les plus rapides, les plus fringantes… C’est toujours cette juste mesure à trouver. Ce qui implique parfois de renoncer à ce qui nous semble évident ou pertinent, ou à ce que l’on a envie de faire…


Est-ce que cette vision a évolué au bout d’un an ? Le premier chapitre -assemblée quotidienne de la communauté chaque matin ndlr- que j’ai fait était un peu programmatique. J’ai développé cette phrase de la règle de Saint-Benoît, qui est aussi ma devise comme abbesse : « Pariter ad vitam », c’est-à-dire « tous ensembles à la vie éternelle ». Il y avait déjà cette dimension d’unité. Maintenant, il s'agit de découvrir comment concrètement ce "tous ensemble" s’incarne. Une chose est d’avoir une intuition, d’avoir une idée directrice, mais ensuite cette idée doit s’incarner dans le réel, dans l’ici et maintenant de la communauté.


Soeur Bénédicte et la communauté d'Echourgnac lors d'un chapitre quotidien
Soeur Bénédicte et la communauté d'Echourgnac lors d'un chapitre quotidien

Quelle est votre vision pour la communauté ? Mon fil conducteur est vraiment celui d'une communauté solidaire, où la charité mutuelle ouvre à l’attention à ceux qui passent, qui viennent pour chercher un peu de repos, un souffle nouveau dans un oasis de prière. Il me semble que les deux sont liés.


Les gens viennent ici chercher Dieu, chercher un souffle spirituel, chercher la vraie paix. Si on veut être capable de les aider à faire un pas ou l’autre sur ce chemin, il faut aussi qu’on soit nous-mêmes à fond dedans !


Pour vous, quelle est la place d’un monastère dans la société actuelle ? J’aime beaucoup la mer, peut-être que l’image serait celle du port. Le port c’est le lieu où l’on vient se réfugier dans la tempête. C’est le lieu où l'on peut mouiller son bateau sans être atteint par les grandes vagues. C’est aussi un lieu où l’on arrive et dont on repart, c’est un lieu de transit. Je pense que ce que l’on peut donner au monde et à l’Eglise est d’être ce port où l'on vient se reposer, où l'on vient faire escale, remettre de l’eau et des vivres dans le navire pour repartir ensuite pour le voyage de la vie.


Soeurs Bénédicte, Marie-Espérance et Marie-Pauline retournent les fromages dans la cave de la fromagerie
Soeurs Bénédicte, Marie-Espérance et Marie-Pauline retournent les fromages dans la cave de la fromagerie

Quel regard portez-vous sur l’activité économique de l’abbaye ? En tant que moniales cisterciennes, nous avons une vraie tradition de travail. Cette activité économique est un héritage de l’œuvre des pères de Port-du-Salut qui ont fondé le monastère et créé la fromagerie, puis des sœurs qui s’y sont installées et qui l’ont fait prospérer.


Mais aujourd'hui se pose une difficulté : le monde économique est dans une telle évolution que l’on est dans une activité qui dépasse de beaucoup nos compétences, et aussi le temps qu’on peut lui accorder. Au monastère nous avons déjà toutes plusieurs emplois.


De fait nous avons le souci de gagner notre vie, de faire fructifier cette dimension économique, mais l’emploi de la prière est notre charge essentielle, sans oublier tout ce qui touche à la vie communautaire : faire les comptes, les courses, la lessive, le ménage, ou s’occuper des sœurs anciennes ou des plus jeunes. On cumule toutes ces dimensions, ce qui fait quand même beaucoup.


On est donc aujourd’hui confrontées à une activité économique qui est une vraie activité professionnelle, pour laquelle nous ne sommes pas forcément formées, et qu’il faut quand même continuer à faire fonctionner parce que l’on ne vit pas de l’air du temps. Je pense que la collaboration avec Antoine et Quitterie Dumont -à qui l’on a confié la gestion de la fromagerie- est une vraie bénédiction parce que l’on trouve des personnes qui sont compétentes et qui peuvent vraiment nous compléter dans des domaines pour lesquels nous n'avons pas les compétences requises.


Antoine et Quitterie Dumont, responsables de la fromagerie
Antoine et Quitterie Dumont, responsables de la fromagerie


L’association de la communauté avec des laïcs, c’est une nouvelle façon de procéder ? Au contraire, dans l’histoire de la fromagerie d’Echourgnac, il y a toujours eu une collaboration avec des laïcs. Quand les frères sont arrivés, ils ont construit la fromagerie pour aider les gens des alentours à valoriser leur production laitière. Ils ont donc eux-mêmes travaillé avec des fermiers et des agriculteurs.


Entre le moment où les frères sont partis et l'arrivée des sœurs, des gens du village ont fait tourner la fromagerie. Quand les sœurs sont arrivées, elles ont continué à travailler avec eux.


Travailler avec d’autres, avec des gens qui sont proches, n’est donc pas nouveau. Ce qui change aujourd’hui, c’est que l’on confie la gestion économique à un couple. Mais cela correspond aussi aux problèmes actuels. Jadis on avait besoin de personnes pour produire le lait et pour nous aider à un travail de manutention. Aujourd’hui on a en plus besoin de personnes pour nous aider à comprendre les mécanismes économiques du monde dans lequel on vit et qui sont extrêmement complexes. Mais nous avons toujours été dans une tradition de collaboration, de partage et d’entraide et on le demeure. Donc rien de nouveau !


Quels ont été les moments marquants de 2022 ? Pour moi le 2 février, jour où j’ai reçu la bénédiction abbatiale, a été un moment marquant. C’est une bénédiction, donc une grâce que donne l’Eglise à une nouvelle abbesse, un nouveau supérieur, pour porter cette communauté. Cette grâce on la partage, on la vie avec les gens qui nous sont proches, les amis, les voisins. Cela a été un beau moment.


2 février 2022, Mère Bénédicte reçoit la bénédiction abbatiale
2 février 2022, Mère Bénédicte reçoit la bénédiction abbatiale

Il y a eu aussi le décès de deux sœurs. Sœur Marie-Madeleine au début de mon abbatiat et Sœur Marie-Hélène pendant l’été. J'ai été impressionnée d’accompagner ces sœurs jusqu’au bout dans cette dernière étape, d’être à la fois proche tout en restant sur le seuil. Cette expérience n’est pas anodine.


Nous avons initié une réflexion sur le projet d’amélioration de l’accueil des personnes qui viennent au monastère. Cela a été aussi un beau moment de partage, de collaboration et de réflexion entre la communauté, l’équipe de la fromagerie, des gens du village et d’autres acteurs de la région et du tourisme. C’était intéressant de voir tout ce monde uni avec le désir et l’envie que l’on puisse mieux accueillir les personnes qui passent au monastère.


Enfin, cette année nous avons vécu le chapitre général de notre ordre. C’est-à-dire le rassemblement des abbés et abbesses du monde entier pour réfléchir à la manière dont on vit comme moines cisterciens aujourd’hui, et voir comment on peut s’entraider à vivre cette vie.


C’est toujours impressionnant de se retrouver à près de 300 personnes de tous les continents qui vivent du même esprit, du même charisme. D'autant plus quand on commence une charge !


Que retenez-vous de ce chapitre général ? Que la vie monastique n’est facile nulle part ! Quel que soit l’endroit du monde où l’on se trouve, on affronte tous des défis. Ils sont différents suivant que l’on est en Afrique, en Asie ou en Europe, mais on est tous confrontés à des défis.


Ces défis sont pour moi de vrais défis de croissance : pour être davantage en lien avec notre monde, et davantage moines et moniales. On n’est pas moines contre le monde. On est moines et moniales dans le monde dans lequel il nous est donné de vivre aujourd’hui, en développant pour ce monde là la spécificité monastique dont il a besoin à ce moment-là de l’histoire.


La vie monastique n’a pas à être la même tout le temps. Pour chaque période, époque de l’histoire, je crois qu’il y a une manière d’être moine ou moniale qui est accordée au temps qui nous est donné à vivre.


Le groupe de travail du projet d'amélioration de l'accueil des visiteurs de l'abbaye
Le groupe de travail du projet d'amélioration de l'accueil des visiteurs de l'abbaye

Que peut-on vous souhaiter à vous et à la communauté pour 2023 ? D’être attentive à ce que le Seigneur veut pour ma communauté, d’être attentive à chacune pour qu’elle trouve l’espace, la joie, la liberté de vivre sa vie monastique. Et pour la communauté d’avancer ensemble dans ce grand défi qu’est la vie monastique aujourd’hui. A la fois en étant vraiment dans ce XXIème siècle et en même temps en témoignant de la grandeur, de la miséricorde de Dieu.


Le mot de la fin ? Vous êtes les bienvenus ! Nous sommes heureuses de vous accueillir pour que vous puissiez prendre du temps pour vous, du temps avec Dieu, et profiter un peu de la beauté de notre vie.


En ce début d’année, je souhaite à chacun d’avoir une vie heureuse, une vie dans la paix.

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